HISTOIRE DU JAPON : LE MOYEN-ÂGE (1185-1603)

C’est à l’historien japonais Katsurō Hara (1871 – 1924) que selon Pierre-François Souyri nous devrions l’application du terme Moyen-Âge à ce segment de l’histoire du Japon qui va de la fin du XII ème siècle au début du XVIIème quand initialement les Japonais l’appelaient bakufu. Le terme s’explique par la mise en place progressive dans l’archipel dans les dernières décennies de la période Heian d’un système féodal basé sur des seigneurs à la fois propriétaires fonciers et guerriers structurés autour de liens vassaliques au détriement du pouvoir central impérial. La date de 1185 est généralement retenue comme début du Moyen-Âge car elle correspond à la fin de la guerre de Genpei (1180-1185) après la bataille de Dan-no-ura, lors de laquelle se sont affrontés les deux principaux clans ayant émergé à la fin de la période Heian : les Taira et les Minamoto.

KAMAKURA (1185 – 1333)

Le nom de cette ère vient du nom de la ville de Kamakura, au bord du golfe de Sagami dans l’actuelle préfecture de Kanagawa. C’est là que Yoritomo du clan des Minamoto (Minamoto no Yoritomo) installe son gouvernement après sa victoire sur le clan Taira. Il ne prend cependant le titre de Shogun qu’en 1192 (autre date parfois retenue comme début de la période). Cette période se caractérise donc par un changement radical de gouvernance au Japon : non seulement c’est la première fois que le centre du pouvoir n’est plus dans le Kansai, mais surtout le pouvoir est décentralisé et remis aux mains de seigneurs locaux semi-autonomes, les ancêtres des daimyo.

Ironie de l’histoire, à la mort du shogun Yorimoto, le détenteur réel du pouvoir devient le clan des Hōjō, une branche des Taira défaits. L’Empereur conserve alors un rôle essentiellement symbolique, même si certains tenteront, sans succès, de reprendre le pouvoir comme Go-Toba en 1221 lors de la révolte de Jokyu. L’empereur exilé, l’unité revient un temps, surtout qu’en 1274 et 1281 les Mongols tentent de débarquer dans l’archipel. Ils sont à chaque fois coulés par des typhons : les fameux kamikaze. Les fondements du bakufu sont néanmoins instables. Certains empereurs et la Cour à Kyoto rêvent naturellement d’une restauration de l’État antique dans lequel ils détenaient le pouvoir.

LA RESTAURATION DE KENMU (1333 - 1336)

Mais c’est au sein même du système shogunal que se trouve l’opposition la plus dangereuse : les guerres entre fiefs ou bien contre les peuples du nord, quand elle étaient gagnées, entraînaient de facto la captation des domaines ou des terres des perdants, ce qui permettait de rémunérer les guerriers et vassaux. L’organisation de défense du territoire contre les Mongols ou les opérations de maintien de l’ordre contre des bandes rebelles sont peu rentables et coûtent cher à un shogunat qui a de moins en moins les moyens de payer. De plus, certains seigneurs n’appartenant pas à la clientèle Hojo se sentent lésés. Ces mécontentements, l’empereur Go-Daigo, monté sur le trône en 1318, les fédère pour renverser le shogunat. Après deux échecs en 1318 et 1331 où ses projets sont éventés, il parvient en 1333, grâce à ses alliés Yoshisada Nitta et Nawatoshi Naga mais surtout le changement de camp de Takauji Ashigaka à renverser le bakufu de Kamakura.

Il cherche alors à instaurer un pouvoir impérial fort et centralisé à Kyoto. La restauration de Go-Daigo ne dure que trois ans, les équilibres des forces ne jouant pas en faveur d’un empereur qui déçoit rapidement ses alliés les plus puissants, notamment le clan Ashigaka. En 1335 Takauji Ashigaka fédère les opposants et organise une rébellion dont l’issue, la bataille de Minato-Gawa en juillet 1336, voit les troupes impériales de Go-Daiji être battues et l’empereur fuir avant d’être destitué et remplacé par Komyo. S’ouvre alors une scission dans la lignée impériale et deux empereurs avec deux cours (la Cour du Nord à Kyoto, celle du sud à Yoshino) vont s’opposer pendant prés de 60 ans. C’est ce que les historiens appelleront ultérieurement la période Nanboku-chō.

MUROMACHI (1336 - 1573)

Le nom de cette ère vient du nom du quartier de Kyoto, Muromachi, où Takauji Ashigaka installe le siège de son pouvoir. Après avoir renversé Go-Daigo, Takauji Ashigaka publie en décembre 1336 le code de Kenmu qui affirme le pouvoir de son clan et organise l’État sur le modèle du bakufu de Kamakura tout en s’installant à Kyoto. En 1338, il reçoit le titre de shogun de l’empereur Komyo de la Cour du Nord. Mais la persistance de deux cours opposées et les jeux d’alliance et conflits (en 1349 la Cour du Sud reprend de façon éphémère Kyoto) qu’elle impose, fragilise le pouvoir shogunal. La réunification du trône impérial en 1392, marquant l’apogée du shogunat Ashikaga, ne cache pas les dissidences internes de la société japonaise. Paradoxalement comme on peut le voir en Italie à la même époque, à coté de l’instabilité politique se développe un puissant courant artistique.

C’est au XV ème siècle que vont ainsi apparaître certains traits dominants de la culture japonaise (cérémonie du thé, ikebana, sumie, théatre No…). C’est aussi à cette époque, au contact des Européens, que les Japonais découvrent aussi bien le mousquet que le christianisme. Face à l’insécurité grandissante et au manque de légitimité du pouvoir, des communautés villageoises, ou des petits propriétaires, des Ji-Samurai, se regroupent pour contester le pouvoir des différents seigneurs quand parallèlement dans la première moitié du XVème siècle certains seigneurs prennent une quasi indépendance. Les luttes internes aboutissent à la guerre d’Onin (1467 – 1477) où deux Ashigaka se disputent le shogunat entraînant avec eux de nombreux seigneurs locaux. Cette guerre est le prélude à la période dite de Sengoku, guerre civile qui s’apparente à la guerre de 100 ans française et à l’issue de laquelle le bakufu sera balayé avec le dernier Ashigaka, Yoshiaki, en 1573.

AZUCHI-MOMOYAMA (1573-1603

Le nom de cette ère vient du nom du château du seigneur Nobunaga Oda et de la colline sur laquelle Hideyoshi Toyotomi a fait construire l’un des siens. Oda et Toyotomi étant deux des trois principaux acteurs de ce temps avec Ieyasu Tokugawa. Cette période qui suit la chute du dernier shogun Ashigaka, battu par Nobunaga Oda, voit la disparition progressive des grands seigneurs dont les luttes pendant un siècle ont réduit le nombre et la mise au pas successive des différentes forces locales pour aboutir à l’unification du territoire et l’établissement d’un pouvoir centralisé sous l’action des trois leaders qui se succédèrent. Certains historiens y voient le dernier épisode de la période de Sengoku, d’autres une phase de transition vers l’époque moderne, quand certains l’incluent dans l’époque moderne du fait des nombreux bouleversements technologiques, sociaux ou géopolitiques que le Japon connaît. L’une des grandes nouveautés pour l’archipel en cette fin de XVIème siècle étant les premiers résultats de sa rencontre avec l’Europe au milieu du siècle, ses navigateurs commerçants et ses missionnaires chrétiens.

Les deux sont porteurs de nouvelles technologies, au premier rang desquelles les armes à feux (mais aussi le pain, les horloges…), de connaissances scientifiques (médecine, botaniques…) et d’une nouvelle religion. Cette dernière va rapidement se développer par Kyushu où elle est pour les autorités locales qui l’adoptent une façon de se démarquer des pouvoirs anciens. Nobunaga Oda, petit seigneur de la région de Nagano va aussi s’appuyer sur ces apports nouveaux, les technologiques en étant le premier à utiliser dans des batailles des mousquets, les religieuses en jouant du christianisme pour affaiblir la puissance (parfois militaire) des monastères et écoles bouddhistes. À sa mort en 1582, on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de Chrétiens au Japon. Hideyoshi Toyotomi, un de ses généraux, lui succède alors : il se montre tout de suite plus offensif contre le christianisme car la religion est un outil d’indépendance entre les mains de seigneurs locaux qui va donc contre la politique d’unification et de centralisation qu’il poursuit. En 1585, il soumet ainsi Kyushu et expulse les missionnaires. À sa mort en 1598, l’unification du pays est faite mais elle risque d’éclater au sujet de sa succession. La bataille de Sekigahara, les 20 et 21 octobre 1600, met fin à l’opposition entre les partisans de son fils Hideyori Toyotomi et ceux de Ieyasu Tokugawa, un vassal. Ce dernier victorieux devenant alors maître du pays.

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