INTERVIEW : MATTHIEU YOUNA, EXPATRIÉ AU JAPON DEPUIS 12 ANS

Matthieu Youna est le directeur Marketing International de KLabGames, une entreprise japonaise leader dans le domaine des jeux vidéo sur téléphones portables et tablettes. Également fondateur et co-présentateur de KLab Games Station, l’émission en streaming live hebdomadaire qui présente en anglais et en français l’actualité des jeux de la société, il a grandement contribué au succès grandissant du catalogue de jeux de KLabGames en-dehors du Japon tout en restant un interlocuteur disponible, passionné et sincère pour les communautés de joueurs à travers le monde. Nous avons profité de sa présence à Japan Expo 19ème impact, où il était venu pour animer le stand de la société et présenter sa grande nouveauté, « Captain Tsubasa : Dream Team » (sur l’univers du mythique manga de football), pour le rencontrer et lui poser quelques questions. Il s’est volontiers prêté au jeu de l’interview pour revenir sur son parcours et ses expériences professionnelles, sur son poste actuel chez KLabGames qu’il a intégré en 2014 à Londres, puis en 2016 à Tokyo lorsqu’il a rejoint le siège de la firme, et sur les quelques conseils qu’il pourrait prodiguer aux personnes qui aimeraient un jour s’expatrier au Japon.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter le contexte de votre départ pour le Japon ?

Je m’appelle Matthieu Youna, 38 ans, Directeur Marketing International pour KLabGames. Je suis moitié Français moitié Anglais et je travaille au Japon depuis deux ans et demi. Mais j’ai commencé à y vivre en 2003 et mes allers-retours avec l’Europe ont été nombreux. J’en suis à ma 11ème année de vie au Japon au total. Ayant grandi dans les années 80, j’ai été exposé aux dessins-animés japonais et aux jeux vidéo. Le Japon m’a donc très vite intéressé et j’ai eu très tôt l’idée d’y aller et d’apprendre la langue. J’ai d’abord fait des études de gestion et marketing et c’est avec mon BAC +5 en poche à 23 ans que j’ai eu l’opportunité d’avoir une bourse pour faire un échange avec une université au Japon. Voilà comment je suis arrivé dans le Kansai, pas loin d’Osaka, en 2003. J’ai adoré l’expérience, j’ai pu apprendre la langue et, à mon retour en France, je me suis dit que j’aimerais bien retourner au Japon pour y travailler.

Quelles ont été vos expériences professionnelles au Japon, de votre arrivée à aujourd’hui ?

Même en étant BAC +5 en France, j’ai eu du mal à trouver un travail qui me plaisait. J’aurais voulu avoir un poste étant un minimum en relation avec le marché japonais mais je n’ai pas réussi à le trouver. J’ai alors commencé à chercher en Angleterre, mon deuxième pays, et j’ai trouvé un travail à Liverpool chez Sony Computer Entertainment Europe pour faire de la traduction de jeux vidéo. Même si ce n’est pas vraiment ce que je recherchais, c’était une bonne façon de me mettre dans le milieu du travail. J’ai donc travaillé quelques mois à Liverpool avant d’avoir l’opportunité de partir en 2006 à Yokohama via un contrat VIE (Volontariat International en Entreprise) pour représenter une PME d’électronique lyonnaise. Je suis resté trois ans à ce poste avant qu’une autre opportunité me fasse retourner dans le jeu vidéo.

Ankama cherchait alors quelqu’un pour s’occuper de leur nouvelle filiale à Tokyo et j’ai eu la chance d’être le manager général de leur bureau japonais pendant trois ans. Puis une société de jeux pour mobiles, GREE, cherchait des Européens pour travailler en Angleterre et ils m’ont recruté depuis Tokyo. J’étais déjà marié à ce moment-là (ma femme est japonaise) et nous avons décidé ensemble que c’était le bon moment pour retourner en Europe où elle avait déjà vécu. J’ai occupé plusieurs postes pendant notre séjour londonien. Le dernier était chez KLabGames qui a fini par me proposer d’aller directement travailler au siège de Tokyo pour m’occuper du marketing international. La décision n’a pas été facile car nous étions bien installés à Londres depuis quatre ans mais au niveau de ma carrière c’était la meilleure opportunité. Nous sommes donc revenus au Japon en 2016 où je m’occupe de tout ce qui est marketing en-dehors du Japon.

Selon votre propre expérience professionnelle, quelles différences notables existe-t-il entre la France et le Japon dans le domaine du travail ?

La principale différence, surtout en tant que Français, se trouve dans les heures de bureau, dans le rythme de travail et dans les congés (ou plutôt le manque de congés). C’est une donnée à laquelle il faut se préparer parce que, même si certaines entreprises agissent différemment, les horaires sont beaucoup plus longs qu’en France d’une manière générale. Quand on commence un CDI, on a 10 ou 11 jours de congés payés dans l’année. Surtout que prendre une semaine sèche est généralement mal vu des collègues, alors deux ou trois semaines est difficilement envisageable pour les Japonais. Il y a beaucoup de jours fériés au Japon mais les gens prennent rarement des jours d’affilée.

Les Français ont l’habitude d’être assez rapides au travail alors qu’au Japon il y a beaucoup de procédures hiérarchiques et d’allers-retours, ce qui peut être assez frustrant pour certains Français. Je suis dans les généralités mais c’est un pays très structuré avec beaucoup d’allers-retours avec les décisionnaires et ça peut être un peu fatigant d’attendre qu’une décision soit prise. Vous vous retrouvez aussi dans des structures où il n’y a pas forcément beaucoup d’étrangers. Donc si vous ne parlez pas japonais et ne travaillez pas pour une compagnie étrangère, ça peut être très difficile et on peut se sentir un peu isolé (ça n’a pas été mon cas cependant). Le Japon fait des progrès avec l’anglais mais il y a encore du chemin à faire. Si le Japon vous intéresse, il faut bien faire la balance entre les avantages et les inconvénients mais il faut bien être préparé au fait qu’il n’y a pas de RTT ni de vacances de deux ou trois semaines d’un coup. A côté de cela, le Japon offre bien sûr beaucoup d’avantages.

Quelles sont les difficultés qu'un nouvel expatrié peut rencontrer à son arrivée dans l'archipel ?

Trouver un logement au Japon est la première difficulté. Ça va un peu mieux qu’il y a quelques années mais beaucoup de propriétaires refusent encore de vous louer leur appartement si vous êtes étranger. Ça m’est arrivé et ça peut être un peu frustrant. Dans ces cas-là, il vaut mieux directement aller dans des agences immobilières étrangères qui sont habituées à avoir ce genre de situation. Les loyers sont ici plus élevés qu’en France mais les surfaces sont plus petites. Il faut donc prévoir un peu moins de place ou plus d’argent… Quand on arrive au Japon en aimant les manga et les anime, on vit ce que j’appellerais « la lune de miel », c’est-à-dire la période d’installation où on a l’impression de vivre dans un manga et où tout est excitant. Mais une fois que cette période est passée, on se rend compte que c’est un pays rigide. Énormément de choses sont formidables au Japon mais j’ai vu certaines personnes qui avaient du mal avec ce côté rigide. Il faut bien faire attention par rapport aux attentes et à la réalité. L’architecture est la même que celle des manga et anime mais après il y a des choses qui sont plus compliquées.

Il y a de plus en plus d’étrangers au Japon mais il peut encore y avoir des réactions déplaisantes. Ça n’arrive pas forcément à Tokyo où il y a beaucoup d’étrangers mais il faut le savoir. La vie dehors elle n’est pas chère, dans les bars et restaurants, mais supermarchés, loyer et transport reste très cher (même si les sociétés qui vous embauchent payent en général le coût du transport). Voyager à l’intérieur du Japon reste également très cher et presque similaire à un voyage dans un autre pays d’Asie. A côté de ça, les avantages de vivre au Japon sont nombreux. La plupart des gens sont très polis, aimables et respectueux. Il y a énormément de choses à voir et à faire, à Tokyo et ailleurs. C’est un pays fascinant pour plein de raisons mais il faut juste s’attendre à ne pas voir exactement ce qu’on a vu dans les manga et anime. Le retour de bâton peut être difficile, au même titre que pour les Japonais qui débarquent en France après avoir vu « Amélie Poulain ». Il y a de belles choses dans les deux pays, des choses plus difficiles aussi mais l’essentiel est d’être au courant et de prendre sa décision en fonction de tout ça. Si j’y suis retourné après avoir quitté le Japon une fois, c’est aussi parce que ça me plaît.

Le Japon semble vous avoir adopté. Envisagez-vous un retour en France ?

Oui, ça m’arrive d’y penser mais je n’ai jamais travaillé en France. A part des petits boulots, je n’ai jamais été salarié en France. Ma femme est japonaise mais elle a vécu longtemps en France avant qu’on se rencontre. Mon fils parle japonais mais je le pousse aussi avec l’anglais et le français. Donc pourquoi pas ? Il faudrait cependant que je trouve quelque chose qui soit plus intéressant pour moi professionnellement car j’ai maintenant une bonne situation au Japon et le poste que j’occupe actuellement me passionne. Mais la famille avant tout ! Peut-être qu’un jour elle souhaitera bouger, comme ma femme et moi-même l’avons déjà fait. Ce n’est pas d’actualité pour l’instant et je ne le prépare pas, même si retourner en France ou en Angleterre, aller aux Etats-Unis, en Australie ou ailleurs, reste une possibilité d’ici plusieurs années, en fonction des opportunités.

Pour conclure cette interview, quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs qui projettent de partir vivre au Japon ?

Je pense qu’avant c’était beaucoup plus compliqué de s’installer au Japon pour un étranger. Mais nous sommes nombreux maintenant et les structures s’arrangent pour faciliter l’installation. Le principal conseil que je pourrais donner est lié à mon expérience personnelle : ne jamais baisser les bras et ne pas se bloquer si vous ne trouvez pas le travail qui vous plaît ! Après mes études, j’ai cherché plus de six mois un travail qui me plaisait en rapport avec le Japon, ça a été difficile et j’ai finalement accepté un travail qui était loin d’être ma « vocation ». Mais c’était une façon de me mettre le pied à l’étrier et de m’insérer dans la vie active. C’est ce qui intéresse les sociétés et c’est comme ça que j’ai pu trouver un autre travail qui m’intéressait plus. Le poste de nos rêves n’existe pas forcément mais le plus important est de commencer quelque part. Le VIE marche bien et reste une bonne façon de démarrer au Japon, même s’il y a beaucoup de demandes et peu d’offres.

On peut commencer aussi en tant que professeur de français ou d’anglais. Si c’est votre vocation, tant mieux, sinon cela peut être une bonne façon de commencer au Japon avant de trouver quelque chose qui vous plaît plus. Ça vaut le coup parfois de se mettre un peu en retrait, de faire quelque chose qui n’est pas son premier souhait mais qui permet de mieux rebondir plutôt que de rester immobile. Surtout quand on est jeune, il faut de l’expérience et il faut pour ça commencer quelque part. Mais les opportunités sont là, il y en a de plus en plus parce que le Japon s’internationalise doucement et manque de main-d’œuvre, et si c’est vraiment ce qu’on veut faire il ne faut pas abandonner. Peut-être en faisant quelque chose d’autre en attendant car le pire est de rester inactif. D’autant plus qu’il y a désormais des associations et plus de supports qu’avant pour vous aider. Si votre rêve est donc de vivre au Japon, n’abandonnez pas !

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