LES CORBEAUX DU JAPON : NUISANCES ET DANGERS À TOKYO

Les grands corbeaux sont un des nombreux aspects qui fascinent le touriste français lorsqu’il visite la Japon et sa capitale. D’abord parce qu’ils sont beaucoup plus gros que ceux qu’on a l’habitude de voir chez nous, de 46 à 60 cm de long, ensuite parce qu’il n’est pas besoin de se rendre en campagne pour les voir, et enfin parce que leur comportement n’est pas banal. En effet, les corbeaux à gros bec, très facilement identifiables grâce à leur long bec arqué sur sa partie supérieure et leur plumage d’un noir brillant intense, se rencontrent en grand nombre dans la capitale japonaise. Présents dans tout l’est de l’Asie, il ont la particularité d’être des oiseaux extrêmement malins. De par leur capacité d’adaptation très poussée, ils auraient une intelligence aussi développée que celle des chimpanzés et seraient les plus intelligents des oiseaux. La faculté qu’ils ont de prendre de bonnes décisions face aux nombreuses situations qui se présentent à eux les rendent perspicaces, comme le fait d’utiliser un petit bout de bois pour déloger les larves d’insectes de l’écorce qu’ils avaient percé ou celui de placer des noix sur la route pour que les voitures les cassent en y passant dessus. Mais cette extrême ingéniosité n’a pas les mêmes répercussions lorsqu’elle impacte la vie de l’homme. Car l’habile oiseau, qui se dit karasu en japonais, peut avoir le don d’agacer certains des citadins avec lesquels il partage le même espace. Et au même titre que le renard à Londres, avec lequel il est à l’honneur dans l’une des plus populaires fables de Jean de la Fontaine, le corbeau devient pour certains un fléau avec lequel la guerre a été déclarée depuis longtemps.

RELATION CONFLICTUELLE AVEC LES CITADINS DE LA CAPITALE JAPONAISE

Le corbeau a une symbolique bien différente selon les pays. Là où la culture judéo-chrétienne l’a élevé comme un oiseau de mauvaise augure, à cause de son cri rauque et de son comportement charognard synonyme de mort, le Japon en a fait l’emblème de l’amour familial et de la gratitude filiale par le fait qu’il nourrit ses parents, comme le veut la tradition dans l’archipel. Alors qu’il est dans nos contes occidentaux souvent représenté avec une sorcière pour marquer son côté mauvais et sombre, comme dans Blanche-Neige et les Sept Nains de Disney, le corbeau Yataragasu était dans la mythologie japonaise un messager divin qui guidait l’empereur Jinmu, fondateur mythique du Japon. Pourtant, cette bonne image tombe en miettes lorsque le partage du même espace avec les humains donne lieu à de vrais conflits entre espèces. Il ne fait ainsi plus l’unanimité auprès des habitants des villes japonaises qui en sont surpeuplées et où la colombe, symbole de paix avec son petit rameau d’olivier, a dû se perdre en chemin.

Les nuisances sonores

Nous autres Français sommes habitués à entendre en ville, en plus des bruits de klaxons, le doux roucoulement des pigeons qui peut avoir quelque chose d’apaisant lorsqu’il n’est pas trop répétitif. Les Japonais eux ont droit à un chant qui n’a rien de mélodieux ni d’enchanteur et qui est même tout l’inverse tant l’oiseau est bruyant. Il croasse quand bon lui semble et on dirait qu’il prend même du plaisir à le faire. Comme tous les oiseaux, c’est une façon de communiquer avec ses congénères et le système est très développé. Ainsi, le croassement sera plus ou moins fort selon qu’il se trouve en présence d’un corbeau de sa connaissance ou d’un inconnu. Et lorsqu’on sait que Tokyo compte des dizaines de milliers de spécimens, les occasions de pousser son cri strident et peu gracieux sont légion dans la journée. Ce qui pourrait être énervant s’il prend comme habitude de venir sous votre fenêtre tous les matins pour s’éclaircir la voix. Ça l’est d’autant plus quand il accompagne ses croassements de claquements de bec, synonyme de protection de son territoire et de mise en garde contre un intrus, qui ont aussi un effet peu rassurant. Ses battements d’ailes lorsqu’il prend son envol produisent aussi un mouvement important quand on sait que son envergure peut atteindre 150 cm. Enfin, comme à Paris ou toutes les villes du monde qui ont le même problème avec les pigeons, les fientes laissées par les oiseaux dégradent les bâtiments et posent des soucis aux habitants, habitués à voir des rues sans déjections. Dans un souci de propreté et de confort pour leurs semblables, tous les propriétaires d’animaux domestiques ont en effet le nécessaire pour essuyer derrière leur passage et laisser les trottoirs intacts.

Les poubelles éventrées

Si cela fait quelques années que les Français se sont mis au tri sélectif, c’est dans les années 1970 que les Japonais ont compris la nécessité de trier pour mieux recycler. Ainsi, l’obligation de séparer leurs déchets dans des sacs distincts suivant qu’ils sont combustibles (papier et alimentaires), non combustibles (plastique, vaisselle cassée, cuir…), en carton, en verre, en métal ou d’origine électrique, est une norme qu’ils appliquent à la lettre toute l’année. Il existe des jours particuliers pour chaque type d’ordures et chaque quartier organise son planning de passage. Les sacs, qui sont de couleurs différentes ou transparents pour permettre aux employés de vérifier que le tri a bien été fait, peuvent être entreposés dans des box fermés. Mais ils sont le plus souvent laissés à même le sol à des emplacements réservés en attendant le passage du camion, ce qui représente une véritable aubaine pour ces maîtres corbeaux qui ont bien compris le système. Ils sont à l’affût de tout ce qui peut être récupéré à l’intérieur des sacs consacrés à l’alimentaire, d’autant plus que les horaires du planning ne sont pas toujours respectés par les résidents. Et malgré des filets qui sont installés pour recouvrir les sacs, les corbeaux parviennent à atteindre leur but grâce à leur bec très acéré et à récupérer ce qu’ils veulent en laissant des sacs éventrés, avec leur contenus éparpillés un peu partout, sur le sol. Dans un pays qui a élevé la propreté au rang de norme nationale et qui est mondialement reconnu pour cela, de telles scènes de carnages font tâche, sans compter les problèmes d’odeur, de salubrité et d’encombrement des voiries que cela peut provoquer.

Les nids de corbeaux

Les corbeaux sont très inventifs pour faire leurs nids et sont constamment à la recherche de nouveaux matériaux de construction. Et le moyen idéal qu’ils ont trouvé en ville pour construire un nid solide et aux bonnes dimensions (c’est-à-dire à la taille de la femelle) est le cintre. Les Japonais laissent volontiers leur linge sécher sur leur balcon et les corbeaux sont à l’affût de ceux qui pourraient en tomber. Les brindilles qu’ils trouvent dans la nature n’ont en effet pas toujours la bonne épaisseur et peuvent être soit trop grosses soit trop petites pour leur gros bec, alors que le cintre leur convient parfaitement. De plus, c’est un matériau qu’ils peuvent modeler selon leurs convenances pour donner au nid la forme qu’ils souhaitent. Mais ce signe de remarquable adaptation au milieu urbain n’est pas sans conséquence. Quand les nids sont construits à la cime des arbres, ils peuvent représenter un danger dans le cas où des cintres viendraient à tomber sur les passants. Et s’ils sont construits sur des poteaux électriques, ils peuvent provoquer des courts-circuits et entraîneraient même des pannes de trains. Des patrouilles anti-corbeaux ont ainsi été créées pour en détruire, éviter les incidents liés à la chute de « brindilles cintrées » et la reproduction du nuisible. Il y en aurait ainsi plus de 1000 qui seraient détruits chaque année mais l’oiseau au plumage de velours est plein de ressources et finit toujours par trouver un nouveau moyen de se loger, quitte à revenir sur les lieux une fois que l’homme a fini son travail. Et un corbeau qui s’obstine peut devenir dangereux !

Les attaques de corbeaux

La mairie de Tokyo enregistre chaque année des centaines de plaintes concernant les corbeaux. La plupart concernent les nids mais les services reçoivent aussi des témoignages d’agressions. Pas de l’homme envers l’animal, mais bien du corbeau sur le Tokyoïte ! Ce n’est pas le seul pays où cela se produit et on n’est pas encore au niveau du scénario catastrophe du film d’Alfred Hitchcock « Les Oiseaux » de 1963, dans lequel les habitants d’une ville balnéaire californienne devaient faire face à la rage des mouettes et des corbeaux, mais une quinzaine d’attaques se produirait ainsi chaque année dans la capitale nippone. D’autres villes en bord de mer au Japon, comme Kamakura au sud de Tokyo, très populaire grâce à son grand Bouddha assis, subissent de telles attaques de la part du milan noir, un rapace de la même envergure que le corbeau japonais, qui n’hésite pas à foncer sur les promeneurs lorsqu’ils repèrent sur eux de la nourriture. Malgré les panneaux de mise en garde, les attaques se répètent très fréquemment et peuvent entraîner des blessures légères. Le corbeau n’a pas besoin d’attaquer pour se nourrir mais s’il est dérangé durant son festin ou si son nid est détruit, il n’a plus peur de l’humain et peut se montrer agressif. En 1996 à Kanagawa, près de Tokyo, des trains avaient dû s’arrêter à cause de pierres posées sur la voie ferrée qui perturbaient leur circulation. Alors que la police pensait à un acte de vandalisme ou d’adolescents en manque d’aventures, la caméra de vidéo-surveillance placée au-dessus de la voie a mis en évidence l’œuvre de corbeaux. Ceux-ci avaient dû être chassés de leurs nids et manifestaient ainsi leur désir de vengeance. Dans tous les cas, mieux vaut donc rester sur ses gardes en présence de ces oiseaux impressionnants.

 

Dans une ville où ils vivent comme des rois avec de la nourriture à profusion, sans prédateurs, les rapaces plus gros qu’eux ne venant que très rarement, et avec suffisamment d’espaces verts pour se loger tranquillement, les corbeaux ont trouvé leur équilibre. Ce qui n’est pas au goût de tout le monde puisque, en-dehors des nuisances qu’ils occasionnent (bruit et saleté dans les rues), ils peuvent aussi représenter un danger, directement (les agressions) ou indirectement (chutes de cintres). Et même s’ils permettent de réguler la population des pigeons en s’attaquant à leurs couvées, des mesures sont prises pour lutter contre leur prolifération. Des pièges sont installés ici et là et des rapaces sont parfois utilisés pour les faire fuir. Le risque est que s’ils venaient à ne plus trouver suffisamment de nourriture, ils pourraient ensuite s’attaquer à autre chose, comme les cultures par exemple. Les résidents semblent aussi mettre la main à la pâte si l’on en croit ce fait divers de mars 2017 qui a vu la mort simultanée d’une cinquantaine de corbeaux, gisant dans un parc de la ville avec des morceaux de pain à leurs côtés. S’ils ne semblent plus être les oiseaux de bon augure qu’ils étaient dans le passé, les Japonais font leur maximum pour préserver l’harmonie avec eux. Ils accordent en effet une grande importance à la Nature et l’oiseau, malgré ce tableau peu flatteur, garde son capital de sympathie. Il faut dire que dès leur plus jeune âge les enfants apprennent à l’école une comptine qui lui est consacrée et qui le rend familier, un peu comme les petits Français à qui on enseigne la fable de Jean de La Fontaine. Il n’en reste pas moins un animal exceptionnel qui a su profiter de son intelligence très développée pour conquérir l’espace urbain japonais et un remarquable exemple de l’incroyable capacité d’adaptation du milieu animal au monde que l’homme lui impose.

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