URASHIMA TARO : LE CONTE JAPONAIS DU PÊCHEUR ET DE LA TORTUE

L’histoire de Urashima Taro, le pêcheur et la tortue, est un des contes les plus anciens et populaires du folklore japonais. Un recueil de récits nommé Otogi-Zoshi, écrit entre les XIVème et le XVIème siècles, le mentionne mais son origine n’est pas certaine. Le sanctuaire Urashima-jinja, situé au nord de Kyoto, célèbre l’histoire grâce à des archives et une statue des protagonistes. D’autres endroits comme Kagoshima (Kyushu), Kagawa (Shikoku) ou Kanagawa sont cités pour indiquer le lieu où se seraient produits les événements relatés dans le conte. Dans la préfecture d’Hiroshima, au large de la charmante ville de Tomonoura qui aurait servi de décor au film « Ponyo sur la falaise » (Ghibli, 2008), des panneaux indiquent que la plage de l’île de Sensujima aurait servi de décor au conte. Quoi qu’il en soit, et même si plusieurs versions sont apparues au cours des siècles, le fond reste le même. De plus, si la tortue est au Japon un animal sacré et un symbole de chance et de longévité, l’histoire de Urashima Taro, à la morale implacable, devrait également vous entraîner dans les profondeurs des mers japonaises.

LA DÉCOUVERTE D'UNE TORTUE SUR LA PLAGE

Urashima Taro était un jeune homme bon et courageux qui vivait avec sa mère dans une petite cabane faite en bambous tressés et construite en bord de mer. Il était pêcheur et seuls les fruits de son travail quotidien leur permettaient de subsister. Un jour, il aperçut trois enfants qui jouaient à se lancer un objet sur la plage. Taro s’approcha d’eux pour voir quel était cet objet et sa surprise fut grande quand il constata qu’il s’agissait d’une tortue. Il s’interposa entre les garnements et leur cria « si le proverbe accorde mille ans de vie à la blanche grue, ce sont dix mille ans que le destin réserve à cette petite bête qui n’a que sa carapace pour se défendre ». Parvenu à se saisir de la tortue, il la soigna et lui rendit sa liberté.

Le lendemain, alors qu’il avait mis sa barque à l’eau dans l’espoir de ramener du poisson, une petite voix qui l’appela de son prénom se fit entendre. Il s’approcha d’un récif et aperçut avec stupéfaction la petite tortue qu’il avait sauvée la veille. Lui expliquant que sans lui elle ne serait plus en vie, elle lui indiqua qu’elle souhaitait le remercier en lui montrant le fond des mers, un lieu magnifique empli de fleurs marines et de poissons chatoyants. Taro manifesta son envie de la suivre en même temps que son désir de ne pas laisser sa mère toute seule. De plus, il nageait très mal. La tortue lui répondit alors que la promenade serait courte et, se laissant grossir pour atteindre une taille énorme, elle lui indiqua qu’il pouvait monter sur son dos pour rejoindre le fond des mers. Impatient de voir les profondeurs, Taro sauta de sa barque et grimpa sur la carapace de la tortue. Avec le jeune pêcheur bien agrippé à ses deux pattes avant, l’animal plongea aussitôt.

LA PRINCESSE OTOHIMÉ ET LE CHÂTEAU DU ROI

Le voyage dans les eaux limpides, pendant lequel ils vinrent à côtoyer toute la faune aquatique des environs, se révéla immédiatement grandiose. Ils arrivèrent rapidement dans un magnifique jardin à la végétation luxuriante et bientôt apparut le château du roi du fond des mers, le grand dragon d’or. La tortue amena alors Taro dans un long corridor et le déposa doucement sur un lit d’algues, lui demandant d’attendre sagement qu’elle aille annoncer son arrivée. Au bout de quelques secondes, la tortue indiqua à Taro qu’il pouvait avancer plus en avant dans le corridor. Là, il vit sur le creux d’un immense coquillage nacré, la princesse Otohimé qui lui sourit et lui fit signe de s’approcher. Avec une chevelure de jais et une peau très blanche, la princesse était magnifique. Elle lui raconta l’habitude qu’elle avait prise de se rendre chez les hommes sous la forme d’une tortue et comment elle avait échappé à une mort certaine grâce à lui. Pour le remercier de son geste, elle lui offrit l’hospitalité.

Se croyant vivre dans un rêve, Taro ne put qu’accepter la proposition de la princesse qui lui prit la main et l’emmena vers les coupoles du temple marin. Pendant sept jours, Taro découvrit ainsi toutes les merveilles du château du roi, les jeux et les fêtes du peuple vivant dans les profondeurs. C’est alors qu’il pensa à sa mère restée dans leur cabane en bambous et attendant son retour de la pêche. Il ne savait pas exactement combien de temps avait duré sa promenade mais il se doutait que sa mère allait s’inquiéter de ne pas le voir rentrer et qui devait le croire perdu. Il confia ses craintes à la princesse qui accueillit la nouvelle avec tristesse. Mais elle comprit son embarras et lui demanda de revenir très vite. Elle lui remit également une petite boîte nacré en souvenir de leur rencontre et précisa qu’il ne devrait en aucun cas l’ouvrir. Puis elle s’en alla et l’énorme tortue réapparut aussitôt. Taro s’accrocha à sa carapace et tous deux sortirent ainsi du royaume des fonds des mers.

LA REMONTÉE DANS LE MONDE DES HOMMES

Une fois de retour sur la plage, un étrange sentiment l’assaillit : le paysage qu’il avait laissé quelques jours auparavant avait changé. Sa barque avait disparu, de même que le ponton de bois qui se trouvait sur la plage. Remontant sur le chemin qui aurait dû le mener vers sa mère, il ne vit pas non plus sa cabane en bambous. A la place se trouvait des constructions qui faisaient face à un grand port et dans lequel se trouvaient de grands navires de pêche. Voyant des pêcheuses de perles qui remontaient vers lui, il décida de les accoster. Il commença par leur demander des nouvelles de sa cabane et de sa mère. Ce à quoi elles répondirent qu’elles n’avaient jamais connu de petite cabane à cet endroit ni de vieille dame qui y habitait. Et quand il finit par leur donner son nom, elles lui révélèrent que le nom de Urashima Taro leur était familier. C’était en effet celui d’une histoire que leur grand-père leur racontait à propos d’un pêcheur qui s’était perdu en mer. Mais quelle surprise quand elles lui dirent que cette histoire avait presque soixante-dix ans !

Il demanda ce qu’était devenu la mère du pêcheur, ce à quoi une réponse cinglante tomba : elle était morte de chagrin. Les femmes s’éloignèrent et laissèrent Taro seul avec la terrible vérité qu’il venait d’apprendre. Il se rendit au cimetière marin et y trouva la tombe de sa mère. Atterré, il caressa longuement la pierre et retourna sur la grève. Là, il s’assit sur un rocher et, oubliant ce que la princesse lui avait dit, ouvrit la petite boîte nacrée. Il s’en dégagea immédiatement une épaisse fumée blanche qui s’éleva dans le ciel et l’enveloppa complètement. Une fois la fumée dissipée, Taro était devenu un vieil homme avec une longue barbe blanche. Il réalisa que les jours passés dans le royaume des fonds des mers correspondaient à des années dans le monde des hommes et que la boîte renfermait tous les souvenirs qu’il avait accumulés avec la princesse Otohimé. La tortue, qui s’était cachée sous un rocher et avait suivi toute la scène, plongea silencieusement dans l’eau et disparut. Une grue blanche qui venait de la mer se posa alors sur la roche et regarda longuement Taro s’éloigner de la grève.

Le sanctuaire Urashima-jinja au nord de Kyoto célèbre le conte avec une statue de Taro vieillard chevauchant une tortue et une reproduction de la boîte offerte par la princesse. La plage de Maizuru, également au nord de l’ancienne capitale japonaise, se présente comme l’origine probable du conte. Plusieurs versions de l’histoire existent et toutes n’accordent pas autant de facilités à Taro pour récupérer la tortue des mains des garnements de la plage. Dans une version différente, il leur propose de l’échanger contre sa pêche du jour. Dans d’autres, ce ne sont pas soixante-dix ans qui se sont écoulés mais cent ou trois cent ans. Aussi, après sa transformation en vieillard, Taro se métamorphose parfois en grue ! Si la forme varie, le fond et la morale de l’histoire ne changent pas.

La tentation des merveilles, d’un monde meilleur, des choses faciles à avoir et la curiosité ont emporté le jeune pêcheur vers l’oubli de ses responsabilités, de sa mère et au final l’ont entrainé vers sa perte. De nombreuses références à l’histoire se retrouvent dans des manga, anime et jeux vidéo. Le personnage loufoque de Tortue géniale par exemple, tiré de la série Dragon Ball, est un clin d’œil direct à l’histoire d’Urashima Taro. D’une façon différente mais encore sous la forme d’un conte, le Studio Ghibli a livré en 2016 un puissant film mettant à l’honneur une énorme tortue. « La Tortue Rouge », que l’on peut voir dans notre photo d’illustration, reste un film inédit dans le catalogue des films Ghibli, muet, réalisé en Hollande et récompensé à de nombreuses reprises. L’esprit de Urashima Taro a certainement soufflé dans le studio !

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