HISTOIRE DU JAPON : L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE (1868 - AUJOURD'HUI)

La définition du terme d’époque contemporaine, et donc les dates qu’elle recouvre, varie selon l’historiographie des pays. En France, il est d’usage de faire débuter cette période à la Révolution française : elle décrit un temps de changements politiques, sociétaux, économiques et géopolitiques. C’est celui de la chute de l’Ancien Régime et l’entrée dans un système démocratique ou impérial, de la révolution industrielle et des aventures coloniales. Évolutions qui caractérisent complètement le Japon post-Tokugawa. L’historien Michel Vié intitule d’ailleurs son deuxième tome de l’histoire du Japon, à partir de Meiji, “Le Japon contemporain”. Pour cette période, les subdivisions portent toutes les noms des empereurs qui ont régné et durent le temps de ce règne.

MEIJI (1868 – 1912)

Cette période débute un an après que Mutsuhito soit monté sur le trône de chrysanthème en février 1867. Il n’a alors que 14 ans et le bakufu est toujours en place. La coalition anti-shogunale qui a besoin de légitimer son action cherche donc à s’appuyer sur le jeune empereur avec l’aide de nobles de la Cour et de favoriser une restauration impériale : en janvier 1868, Meiji obtient de Yoshinobu la renonciation à ses pouvoirs. Si dès lors le shogunat n’est plus, le nouveau cadre politique est encore à créer et la guerre de Boshin se poursuit jusqu’en 1869 et la chute de la dernière poche de résistance à Hakodate. Dès avril 1868, l’empereur Meiji publie une charte, le serment en cinq articles, dans lequel il annonce son projet de réformes institutionnelles. Transformation des fiefs en préfecture, instruction obligatoire dès 1871, création d’un impôt foncier, conscription, abolition des monnaies locales… Le gouvernement Meiji entreprend à la fin du XIXème siècle une véritable modernisation de l’État. Ces réformes ont naturellement généré des réactions parfois armées comme à Saga en 1874 ou Hagi en 1876 après l’interdiction de port du sabre, mais aussi pacifiques avec les premiers partis politiques. En 1889 est promulguée la Constitution Meiji qui organise le pouvoir autour de l’Empereur, d’essence divine, avec un parlement, un cabinet et des ministères.

L’industrialisation se développe et avec elle un système de communication et de transport moderne. D’abord étatiques de grandes entreprises sont créées puis privatisées, ce qui permet à l’État d’engranger des revenus importants. Au niveau international, la diplomatie Meiji vise à faire reconnaître le Japon comme l’égal des puissances occidentales en renégociant les traités des années 1850 et en obtenant pour ses concitoyens les mêmes droits que les Européens, notamment dans les colonies asiatiques. C’est aussi et surtout le début de l’aventure impérialiste : celle-ci commence avec l’annexion des Ryukyu en 1879, puis se poursuit en participant au démembrement de la Chine qui aboutit après une guerre en 1894-95 à l’annexion de Taiwan. Enfin en 1904, les visées sur la Corée (annexée en 1910) aboutissent à un affrontement avec la Russie que le Japon gagnera en 1905 après la bataille de Tsushima. Pour la première fois dans l’Histoire, une puissance européenne est battue par une nation asiatique.

TAISHO (1912 – 1926)

Cette période correspond à la période du règne de celui qui en Europe est alors connu sous son nom : Yoshihito. Âgé de 33 ans, il succède à son père à un moment de crise politique et économique. Les lourds investissements engagés durant la période Meiji pour la modernisation du pays ainsi que la guerre avec la Russie et les dépenses militaires grèvent le budget du pays. Les premières années débutent par une crise politique qui implique la vieille garde politique et des militaires qui s’opposent à une réduction du budget des armées. La vieille oligarchie Meiji est balayée et il en résulte un transfert de facto du pouvoir vers le gouvernement et le parlement. D’autant plus que l’Empereur dont la santé est fragile est en retrait.

Le déclenchement de la Première Guerre Mondiale en 1914 bénéficie au Japon tant au niveau géopolitique qu’économique et industriel. S’engageant aux cotés des puissances de la Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie) dès le 23 août 1914, le Japon met la main sur les possessions allemandes en Chine et dans le Pacifique puis consolide ses possessions continentales du nord de la Chine face à la Russie. Cependant les “Vingt-et-une demandes” japonaises à la Chine en janvier 1915 vont susciter des méfiances dans le camp occidental. Néanmoins les commandes européennes au Japon boostent l’industrie japonaise qui se diversifie et le pays engrange des devises. De débiteur avant la guerre, le Japon devient créditeur en 1918.

Mais le passage d’une économie de guerre à une économie de paix est difficile et l’inflation touche une grande partie de la population. Le grand tremblement de terre de 1923 qui frappe Tokyo aggrave les difficultés financières. Le mécontentement social qui ne peut s’exprimer dans les urnes du fait de l’aspect censitaire du système dégénère avec notamment l’assassinat du Premier ministre Hara en 1921. En mai 1925, deux loi d’inspirations contradictoires sont prises à une semaine d’intervalle : le 5 mai la loi sur les élections législatives marque l’avènement du suffrage universel avec le droit de vote donné aux hommes de plus de 25 ans. Mais le 12 mai, la loi de Préservation de la Paix interdit le communisme et le socialisme. À sa mort le 25 décembre 1926, l’Empereur laisse néanmoins son nom associé à une ère de liberté appelée “démocratie Taisho”.

SHOWA (1926 – 1989)

À la mort de de l’empereur Taisho, son fils Hirohito lui succède en prenant le nom de Showa, pour ce qui est devenu le plus long règne d’un empereur japonais, 62 ans. On distingue deux grandes phases durant cette période. La première va de son accession au trône en 1926 jusqu’en 1945 et la capitulation du Japon, et la seconde couvre toute l’après-guerre jusqu’à la mort de l’empereur. Lorsqu’il accède au pouvoir, Hirohito est confronté à deux difficultés : économiques et politiques. La récession mondiale, mais surtout le budget militaire sans cesse croissant, sont sources de conflits politiques entre les partisans d’un équilibre budgétaire et les courants nationalistes et militaires qui réclament toujours plus, en contradiction avec les accords de désengagement militaire en Asie et dans le Pacifique passés à partir de 1922 avec les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Dans les années 1930, les initiatives agressives de l’armée du Guandong, le développement de groupes nationalistes de plus en plus actifs et radicaux (assassinat du dernier Premier ministre civil en 1932, Tsuyoshi Inukai, puis putsch du 2 février 1936) font tomber le Japon dans un militarisme sans retour.

En 1931, l’invasion de la Mandchourie par l’armée du Guandong sans que le gouvernement japonais ne l’ait initié sonne le début de la Guerre de la Grande Asie, plus tardivement appelée Guerre de 15 ans. En 1932, le Japon prend Shanghai et sort de la Société Des Nations en 1933, où elle avait pourtant su gagner sa place lors de la Première Guerre mondiale, et se rapproche des puissances de l’Axe (Italie fasciste et Allemagne nazie) avec qui elle signe le pacte anti-Komintern en 1936. En 1937, l’Empereur donne son aval à la conquête de la Chine. En 1940, c’est l’Indochine française qui est visée. En décembre 1941 enfin, l’armée impériale se déploie sur plusieurs fronts d’Asie du Sud-Est jusqu’à Hawaii, déclarant la guerre aux États-Unis, au Royaume-Uni et leurs alliés. Dans ce conflit, le Japon n’a pas les moyens de ses ambitions et capitule le 15 août 1945 après les deux bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki.

Le pays est alors occupé par les Américains qui rétablissent le droit de vote, l’élargissent aux femmes, imposent la liberté syndicale et organisent les premières élections législatives en avril 1946. Si les principaux leaders militaires japonais sont jugés lors des procès de Tokyo entre 1946 et 1948, l’Empereur est préservé afin de ne pas déstabiliser le pays. Ce dernier annonce en janvier 1946 qu’il renonce à la nature divine de sa personne. Dans la Constitution démocratique adoptée le 3 novembre 1946, il garde un rôle essentiellement symbolique. Le Japon retrouve sa pleine souveraineté lors du Traité de San Francisco le 28 avril 1952, les Américains gardant néanmoins le contrôle d’Okinawa jusqu’en 1972 et des bases sur le sol japonais. La guerre de Corée qui a éclaté en 1950 pousse les Américains à une politique réaliste vis à vis du Japon pour s’assurer son alliance : soutien au développement industriel et arrangements avec la constitution pacifique. La vie politique est à cette période dominée par les formations conservatrices regroupées sous des bannières différentes jusqu’en 1955, année où est créé le Parti Libéral Démocrate (Jiminto) qui dirige le pays sans interruption jusqu’en 1989. Elle est aussi marquée par de nombreux scandales politiques comme celui qui touche le Premier ministre Tanaka et le Jiminto en 1976 lors de l’affaire Lockheed. L’économie japonaise est jusqu’aux années 1960 principalement tournée vers la reconstruction du pays, importatrice, puis devient exportatrice. Le boom Izanagi de 1965 à 1970 voit le Japon accéder au second rang économique mondial devant la RFA. À la fin de l’ère Showa, le Japon est présenté comme un modèle économique et sa culture ainsi que son art de vivre sont de plus en plus appréciés en occident, offrant au pays un softpower qui ne compense cependant pas sa faiblesse diplomatique et militaire.

HEISEI ( 1989 – aujourd'hui )

L’ère Heisei débute le 7 janvier 1989 quand Akihito succède à son père, l’Empereur Showa, et prend ce nom pour qualifier son règne. Comme son père, son rôle reste purement symbolique mais il lui arrive lors de certaines déclarations de marquer ses positions pacifistes, entrant dans le débat politique. C’est ainsi que plusieurs assertions dans ses discours sont clairement passées pour des désaveux de la politique du Premier ministre Shinzo Abe (depuis 2012). Sur la scène politique, son année d’accession correspond aux premières défaites du Jiminto depuis sa création. En 1989, le parti perd en effet la majorité au sénat. Puis aux Législatives de 1993, c’est une coalition autour du Nouveau Parti du Japon qui prend le pouvoir pour moins d’un an. Le Jiminto revient alors au pouvoir en s’associant au Parti Socialiste dont le chef, Tomiichi Murayama devient premier ministre. Mais l’année 1995 est marquée par deux catastrophes majeures au Japon. La première est le grand tremblement de terre de Kobe survenu le 17 janvier qui fera plus de 6 000 morts. Puis c’est une attaque terroriste au gaz sarin perpétrée par des membres de la secte Aum dans le métro de Tokyo le 20 mars qui fait douze morts et une cinquantaine de blessés. Le gouvernement Murayama est alors accusé d’avoir mal géré ces événements et est sanctionné aux élections législatives de 1996 qui voient le retour du Jiminto.

En 2001, celui-ci place Jun’ichiro Koizumi au poste de Premier ministre pour plus de cinq ans. Il entreprend des réformes, privatisant la poste japonaise par exemple et réorganisant le système bancaire japonais présenté comme un des responsables de la dépression économique que connaît le Japon depuis le début des années 90. En 10 ans la bourse a en effet perdu près de la moitié de sa valeur et le chômage a doublé, dépassant les 5% en 2002. Mais les réformes ne portent pas leurs fruits et le Jiminto connaît une nouvelle défaite en 2009, laissant la place au Parti Démocrate. Le 11 mars 2011, le grand tremblement de terre du Tohoku fait plus de 20 000 morts et sa gestion ainsi que celle de la catastrophe de Fukushima sont reprochées aux gouvernements de Naoto Kan et Yoshihiko Noda. Aux élections de décembre 2012, le Jiminto revient au pouvoir et place de nouveau Shinzo Abe à la tête du gouvernement. Dans un contexte de tensions avec la Chine et les Corées autour notamment des îlots de Senkaku et Takeshima, ou sur le passé militaire du Japon, Shinzo Abe entreprend alors une politique nationaliste avec pour objectif la révision de la Constitution de 1946 et notamment de son article 9, celui qui empêche le pays de faire la guerre.

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