PVT Japon, interview

INTERVIEW : LE PVT AU JAPON AVEC CAROLE DUDRAGNE

Carole Dudragne est une jeune Française qui a décidé l’année dernière de passer plusieurs mois au Japon avec un visa vacances-travail (connu aussi sous le nom de PVT, VVT ou working holiday visa). Elle a choisi de vivre à Tokyo où elle a connu diverses situations, tant personnelles que professionnelles. Elle nous fait l’honneur de revenir sur son parcours au Japon, son sentiment sur Tokyo et les Japonais, afin de partager son expérience avec nos lecteurs et les éventuels candidats au visa pour le Japon.

Carole, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Fugujapon ?

Passionnée de voyage, j’ai fait des études en sociologie avant de m’envoler pour l’Asie. J’ai d’abord passé une année à Manille, aux Philippines, puis j’ai rejoint le Japon en octobre 2016 avant de m’envoler vers une nouvelle destination. Ces voyages sont pour moi riches de réflexion personnelle. Cela permet à chaque fois de nouvelles expériences d’acculturation. Je n’ai jamais cessé de me passionner pour les rencontres et les découvertes, et j’ai pu, à travers mes diverses expériences, préciser mes pensées et mes intérêts. À Tokyo, je me suis particulièrement intéressée à la psychologie ainsi qu’aux questions de norme et injonction sociale. J’ai vingt-cinq ans et je voyage depuis maintenant trois ans, à travers le monde, mais également au plus profond de moi-même, me découvrant chaque jour et évoluant au gré des passions, des cultures et des rencontres.

Racontez-nous le contexte de votre départ de France pour le Japon. Le visa a-t-il été facile à obtenir et pourquoi le Japon ?

J’ai posé les pieds au Japon pour la première fois en 2016. Ce n’était qu’à quatre heures de vol des Philippines et j’ai tout de suite été émerveillée par l’effervescence de Tokyo. J’ai fait deux allers-retours à Tokyo en tant que touriste avant de prendre ma décision : partir un an en PVT à Tokyo. Tout s’est fait très vite, je suis rentrée en France fin mai et j’ai tout de suite entamé la procédure de visa. Au niveau de mon Visa pour le Japon, j’ai pu l’obtenir facilement et rapidement, car tout était très bien expliqué, à la fois avec les informations de l’ambassade, mais également grâce à de nombreux sites internet.

Quelles ont été vos expériences professionnelles au Japon pendant votre année. Que pensez-vous du Japon et des Japonais après y avoir passé plusieurs mois ?

J’ai très rapidement trouvé du travail au Japon, même si je ne parlais que peu japonais. J’ai eu des expériences avec des compagnies internationales comme avec des compagnies japonaises, et j’ai donc pu travailler avec des Japonais et d’autres expatriés. Je retiens deux éléments assez contrastés du travail avec les Japonais. À la fois l’excellence à la japonaise mais également un coté plus dépersonnalisant qui nous fond totalement, en tant qu’individu, avec la fonction exercée. Lorsque j’étais serveuse, dans un restaurant gastronomique de Sumida-ku, j’étais simplement serveuse et définie par cela. Je ne suis pas sûre que j’existais encore par moi-même. Dans ce restaurant, comme dans de nombreux établissements japonais, nous travaillions selon des règles inspirées du taylorisme, ce qui détaille précisément notre fonctionnement et le limite également pour une optimisation du rendement. Les mouvements devaient avoir un temps défini. J’avais, par exemple, un certain chronométrage pour essuyer les verres, et tout autour de moi était optimisé pour le meilleur rendement possible. J’étais assignée à certaines tâches et lorsque j’avais fini, il était coutume de les refaire. Relaver des porcelaines ou de la verrerie déjà propre était quotidien et ce fut pour moi un véritable conflit culturel. On me reprenait souvent à discuter avec d’autres collègues français, et dans la bataille des cultures, j’avoue que j’en jouais un peu.

Le contrôle du personnel était assez strict, la ponctualité était détaillée. Heureusement que je suis quelqu’un de ponctuel, car au Japon, on arrive à l’heure, et même en avance. Les pauses étaient millimétrées. Pour moi, c’était quinze minutes pour manger, et les journées de travail se rallongent. Je commençais à onze heures et finissais à vingt-trois heures trente plusieurs jours par semaine. Le Japon est un pays qui fonctionne encore avec de fortes valeurs attribuées à la méritocratie. C’est quelque chose que j’ai particulièrement aimé. Beaucoup d’opportunités s’offrent à nous, beaucoup sont prêts à nous donner notre chance, même si l’on ne parle pas japonais. Je ne parle pas ici de hauts postes à responsabilité, mais de tous les petits jobs qui font fourmiller Tokyo de jour comme de nuit. J’ai également travaillé au lycée français et auprès de familles françaises, pour donner des cours d’anglais ou faire du baby-sitting. Il y a pas mal de demande, même si ce n’est pas stable, mais c’est plutôt sympa pour arrondir les revenus. Le week-end je travaillais dans un bar-lounge de Roppongi et c’était super ! Tous ces petits jobs décrivent assez bien les expériences en PVT au Japon. Les opportunités sont multiples dans le cadre d’un visa vacances-travail. Cela offre la possibilité d’avoir des expériences dans de nouveaux domaines et de comprendre de nouvelles façons de travailler.

Quelles difficultés avez-vous ressenti en tant qu'expatriée ?

La vie à Tokyo n’a pas toujours été simple et j’ai ressenti de réelles difficultés en tant qu’expatriée. L’une des difficultés les plus connues est certainement la langue. Les Japonais ne parlent que peu anglais, alors lorsque l’on ne parle pas japonais, la communication n’est pas toujours simple. Cependant les Japonais sont généralement soucieux de nous réserver le meilleur des accueils, et la communication non verbale nous apporte bien souvent beaucoup de chaleur humaine, surtout quand vous vous essayez à quelques démonstrations de vos connaissances en japonais. Pour ma part, l’une des plus grosses difficultés que j’ai ressentie est le fait d’être étrangère au Japon, et pourtant en même temps j’ai adoré cette expérience. Le Japon est un pays que j’ai ressenti comme conservateur et nationaliste. J’habitais à Kinshisho, un quartier assez populaire et pluriculturel. Très régulièrement, des camions noirs défilaient et diffusaient des musiques patriotiques. Il y avait aussi de temps en temps des rassemblements devant la gare. Un gros monsieur hurlait avec un haut-parleur des discours patriotiques, entouré de quelques compères aux airs mal-aimables. Il y a aussi une expérience qui m’a particulièrement marqué, celle de me faire refuser l’entrée dans plusieurs restaurants proches du temple d’Asakusa. Je pense que cela était dû à mes origines, et c’était la première fois que j’étais confrontée au racisme. Je n’avais pas vraiment su réagir. Il était parfois pesant d’être l’étrangère au Japon, même auprès de Japonais bienveillants, malgré tout quelque peu maladroits. Certains me montraient des photos de la Tour Eiffel ou me disaient à quel point ils aiment manger des baguettes. Les relations m’apparaissaient parfois superficielles et caricaturales.

Qu'avez-vous appris de votre expérience au Japon ?

Mon voyage a été un véritable voyage intérieur, j’ai appris beaucoup et j’ai évolué personnellement. Le Japon est une société plus collectiviste qu’individualiste, c’est une expérience sociale passionnante. Au Japon, on apprend à toujours prendre en compte l’intérêt collectif, on peut parfois avoir l’impression de se perdre soi-même, mais on en vient du coup à s’affirmer en tant que personne pour, nous aussi, y trouver notre place. J’ai bien sûr énormément appris de cette culture. L’immersion dans un pays étranger est toujours une très riche expérience, et la culture japonaise est fascinante. J’ai quelque peu délaissé mon côté impulsif pour faire place à la sérénité et l’apaisement. J’ai beaucoup aimé le côté très normé et réglé de la vie à Tokyo. Tout est très organisé et il n’y a plus qu’à suivre les règles. Je ne pense pas que ça puisse convenir à tout le monde, mais c’est un aspect de la ville qui m’a beaucoup apporté. J’ai aussi vu les Japonais fiers de leur pays et de leurs origines, et c’est quelque chose qui m’a touché et m’a fait me remettre en question.

Avez-vous une anecdote que vous aimeriez partager avec nous ?

Je me souviens de mon deuxième jour de travail ! J’avais commencé dans la matinée et ce devait être la fin d’après-midi. Le service était calme et on m’a, pour la première fois, demandé de ne pas rester à ne rien faire et de relaver les verres déjà propres. Il devait y avoir une centaine de verres de cristal. Je devais d’abord les passer en machine à haute température, puis les prendre un par un pour les essuyer. En plus de me brûler les doigts et de répéter encore et encore les mêmes mouvements, je devais veiller à un essuyage parfait pour ne laisser aucune trace de calcaire. Lorsque j’eus enfin fini, le boss vérifia mon travail et trouva de minuscules traces de calcaire invisibles sur quasiment tous les verres. Il me demanda alors de les laver à nouveau. Je suis partie vers vingt-heures trente en plein milieu du service, laissant les verres au boss, frustrée et énervée.

Une autre anecdote assez sympa aussi, et assez répandue dans la communauté internationale, est l’expérience de mon premier tremblement de terre. J’habitais au neuvième étage d’un vieil immeuble, il était tard, il faisait chaud, et j’étais chez moi quelque peu dénudée. Avec les premières secousses, j’ai dû réagir en quelques secondes et je me suis fiée à mon instinct : partir dehors au plus vite ! Et me voilà neuf étages plus bas, en petite culotte ! C’était pourtant un tremblement de terre anodin, d’une magnitude 3 ou 4 comme il y en a beaucoup, mais je n’avais jamais senti la terre trembler sous mes pieds !

Pour conclure cette interview, quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs qui projettent de partir en PVT au Japon ?

Si je devais donner des conseils à quelqu’un qui souhaiterait partir en PVT pour le Japon, je pense tout de suite à deux choses. Oser et s’organiser ! Je me rends compte chaque jour de tout ce que mes voyages ont éveillé en moi. Oser, parce qu’en tout voyage il y a un départ, et s’organiser, parce que Tokyo peut nous inspirer comme nous aspirer.

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