L'ANIME "DANS UN RECOIN DE CE MONDE" ET HIROSHIMA AVANT LA BOMBE

La ville d’Hiroshima et ses habitants ont payé un très lourd tribut lors de la Deuxième Guerre mondiale après avoir subi le largage de la première bombe atomique de l’Histoire. Totalement reconstruite depuis les années noires qu’elle a connues par la suite et présentant désormais le visage d’une ville dynamique, l’anime “Dans un Recoin de ce Monde” (“Kono sekai no katasumi ni“) de 2016 replonge les lecteurs dans ce qu’elle était avant la tragédie. Faisant même l’objet d’un drama en 2018, diffusé par épisodes les dimanches soirs pendant l’été, l’œuvre, qui est sortie en France en 2017, est issue d’un seinen manga de 2008, écrit et dessiné par Fumiyo Kouno, originaire de Hiroshima, qui présentait des portraits de femmes pendant la guerre.

Il s’attache spécialement à la vie de Suzu Urano, une jeune Japonaise qui vivait tant bien que mal sa vie d’enfant dans un village proche de Hiroshima avant de rejoindre la famille de son mari à Kure, à une vingtaine de kilomètres. L’œuvre bénéficie désormais d’une notoriété internationale, tant le message qu’elle diffuse est porteur d’humanité, demeure compréhensible de tout un chacun et reste férocement attaché aux deux villes dans lesquelles se situe l’action. Une visite originale de Hiroshima permet d’apprécier les lieux tels qu’ils sont visibles à l’écran et tels qu’ils existent encore (ou qu’ils n’existent plus). Le programme qui accompagne toujours la diffusion au cinéma des films accordaient déjà deux pages à la localisation de ces endroits et une carte spécialement mise au point pour les fans permet de visiter la ville en suivant les traces de Suzu dans l’anime “Dans un Recoin de ce Monde”.

UN ANIME SUR UN ÉPISODE DOULOUREUX AU JAPON

Un réalisateur d'expérience et de grand talent

La naissance du projet d’adaptation du manga en film d’animation est le fruit d’une rencontre de deux artistes passionnés. Sunao Katabuchi est un réalisateur qui a su se démarquer de la production contemporaine dans le domaine des films d’animation en amenant des thèmes originaux et une dimension fantastique à ses œuvres, tout en apportant une description précise aux détails du quotidien. Pour son premier film “Princesse Arete” (“Arite Hime“) en 2001, son adaptation des scénarios de la série “Black Lagoon“en 2006, son second long-métrage “Mai Mai Miracle” (“Maimai shinko to sennen no maho“) en 2006 et ses nombreuses participations à différentes séries télévisées, le réalisateur, originaire de Hirakata, dans la préfecture d’Osaka, a pu s’appuyer sur sa forte expérience.

Il avait en effet collaboré en 1981, alors qu’il n’était qu’étudiant, aux scénarios de plusieurs épisodes de la série “Sherlock Holmes” et été l’assistant réalisateur en 1989 de “Kiki la Petite Sorcière” (“Majo no Takkyubin“), tous deux réalisés par Hayao Miyazaki. Il avait aussi travaillé en 1985 aux côtés de Isao Takahata sur le projet “Little Nemo” (“Nimo“), un film qui ne sera finalement pas réalisé par le co-fondateur du Studio Ghibli. C’est après avoir découvert “Dans un Recoin de ce Monde” qu’il a décidé d’écrire à Fumiyo Kouno pour lui manifester son souhait d’adapter le manga en film d’animation. L’auteure, qui connaissait et admirait le travail du réalisateur grâce notamment à la série animée “Lassie” (“Famous Dog Lassie“) de 1996, a donc accepté la demande.

Le travail de précision lors de la réalisation de l'anime

Les œuvres de Sunao Katabuchi étant portées par une recherche de réalisme et de cohérence, c’est tout ce qu’il fallait au manga de Fumiyo Kouno pour prendre vie à l’écran sous forme d’anime. Il fallait reproduire de façon crédible ce qui avait existé dans les années 1930 – 1940 et qui avait disparu sous le coup de la bombe. C’est notamment le cas du quartier de Nakajima Honmachi, totalement détruit et devenu en 1954 le “Parc du Mémorial de la Paix” dans lequel viennent tous les jours se recueillir les visiteurs en mémoire des dizaines de milliers de victimes. Après une étude consciencieuse des archives, le réalisateur a fait des visites du quartier pour retranscrire le plus fidèlement possible ce qu’avait été la réalité avant le 6 août 1945. On le voit grouillant au début du film et on peut y apprécier une ambiance très animée, rendue possible par les souvenirs collectés auprès des gens qu’il a rencontrés sur place. Des rescapés de la bombe viennent en effet partager leur terrible expérience avec les touristes et les jeunes Japonais venus en masse avec leurs écoles sur ce lieu.

Il a ainsi demandé l’aide des habitants de Hiroshima en rencontrant et discutant avec ceux qui habitaient le quartier à l’époque. Le souci du détail est là encore très présent et rend la plupart des scènes de l’anime particulièrement prenantes. Il a pu par ce biais recueillir un certain nombre d’informations qu’il a su exploiter à merveille pour dessiner Nakajima Honmachi tel qu’il est resté dans les mémoires. Pour le financement du projet, l’un des deux producteurs, Taro Maki, a choisi la méthode du financement participatif (crowdfunding). La campagne avait débuté en mars 2015 et la somme de 20 millions de yens qui devait être obtenue a été atteinte en seulement 8 jours. Avec 39 millions de yens à la clôture de la campagne fin mai, c’était même le record de participation pour un projet de financement participatif de film et c’est ainsi que “Dans un Recoin de ce Monde” allait devenir le premier crowdfunding dans l’histoire des films d’animation au Japon !

LE VILLAGE DE SUZU PROCHE D'HIROSHIMA

Le village tranquille de Eba

L’anime commence en 1933 lorsque Suzu est âgée de 7 ans. Elle vit alors avec ses parents, son frère et sa sœur dans le village d’Eba, très proche du centre-ville de Hiroshima. C’est là, sur les bords du fleuve Ota, qu’on la voit prendre le bateau pour rejoindre la grande ville voisine et aller y vendre les feuilles de nori (feuilles d’algues que l’on trouve notamment autour des makizushi) cultivées par sa famille. Aujourd’hui se trouve même à l’endroit où se trouvait la maison familiale une fabrique d’huitres sous vide. L’endroit est loin de l’image de village paisible que nous renvoie le film. Les coquilles s’amoncellent en petits dômes autour de l’entreprise et forment un paysage peu banal, entouré de maisons, d’autoroutes et d’une zone portuaire, mais reste intéressant à voir. La campagne qui constituait d’ailleurs le paysage des bords du fleuve a bien changé aussi, les constructions de banlieue ayant pris le dessus. Suzu passe sous un pont en béton, Sumiyoshi, qui a disparu depuis, détruit par une inondation après avoir été endommagé en 1945. Un pont en acier le remplace depuis 1954.

Mais le village, devenue désormais un quartier en proche banlieue de Hiroshima, possède très peu de commerces et n’est pas du tout touristique, si ce n’est un petit temple qui a su résister au souffle de la bombe et qu’on voit également sur la carte. Il ne se trouve qu’à quelques dizaines de minutes du Parc du Mémorial de la Paix et reste facilement accessible. Il est possible de faire une partie de la promenade en tramway, visible dans le film, en sortant à Eba, le terminus d’une ligne, et de longer la rivière pendant une quinzaine de minutes. Hiroshima a aussi une histoire très particulière avec ce moyen de transport, deux des vieux véhicules encore en circulation, qui coexistent avec les plus modernes, ayant même survécu à la bombe. A proximité et très bien représentée sur la carte comme dans le film, on peut voir au croisement de deux routes une belle et imposante maison en bois répondant au nom de Matsushita Shoten. Les maisons autour ont bien changé mais la boutique Matsushita, visible dans la bande-annonce du film (1.48), est toujours intacte. Seuls l’absence de l’enseigne et un gros distributeur de boissons devant les rideaux fermés permet de la différencier du film.

Dans les hauteurs de Eba

Reconnue pour être talentueuse dans ce domaine, le dessin est la grande passion de Suzu. Elle dessine tellement qu’on la voit au début de l’anime avec un crayon devenu minuscule à force d’être taillé. C’est en haut d’une colline où on la voit exécuter un beau tableau, dans lequel elle représente l’écume des vagues par des lapins blancs, qu’on peut de nos jours faire une rencontre des plus improbables. Après avoir traversé un petit parc très fréquenté au début du printemps pour ses cerisiers qui se couvrent de fleurs roses, un étonnant édifice se dessine comme par magie. Son drapeau tricolore et les cartes affichés à son entrée ne laissent que peu de doutes sur sa nature puisqu’il s’agit bien d’un restaurant français.

Chez Yamarai” promet un moment original dans un cadre paisible et qui vous laissera à n’en pas douter des souvenirs uniques ! Si vous préférez la cuisine japonaise, un ramenya très fameux dans la région, avec sa devanture rouge, se trouve juste au-pied de la colline. La patience est de mise et il faut être prêt à attendre longtemps avant d’être servi ici. Ces endroits ne sont pas indiqués sur la carte puisqu’il ne s’agit pas d’un document touristique actuel mais d’un support réalisé pour les curieux qui souhaiteraient voir des “clichés” du film d’animation tels qu’ils sont à l’heure actuelle. Elle est suffisamment bien réalisée pour vous permettre de vous déplacer en ville et de repérer ces endroits qui ramènent, grâce à de petits dessins originaux, aux moments clés du film. Avec elle entre les mains, il est donc facile de se projeter dans l’anime et de s’imaginer avec Suzu des dizaines d’années en arrière.

L'ANCIEN QUARTIER COMMERÇANT DE NAKAJIMA HONMACHI

Les bâtiments rescapés de la bombe atomique

La bombe atomique appelée “Little Boy” explosa à 8h16 le lundi 6 août 1945. L’hypocentre se situait à moins de 600 mètres au-dessus d’un cabinet de médecin (représenté par un singe sur la carte) et à une centaine de mètres du Palais d’exposition industrielle de la préfecture d’Hiroshima. L’édifice de 12 mètres de haut est très bien représenté au début du film et admirablement dessiné par Suzu. Pour avoir été l’un des rares bâtiments à avoir résisté au souffle, il est devenu le symbole de Hiroshima sous le nom de “Dôme de Genbaku” ou “Dôme de la Bombe Atomique”. Ses façades calcinées et l’ossature en métal de son dôme ont été conservées en l’état et classé monument historique en 1995. L’approche du bâtiment, également inscrit sur la Liste du patrimoine de l’Unesco le 5 décembre 1996 et devenu alors monument universel pour l’humanité, provoque un choc à couper le souffle et une visite d’Hiroshima ne peut définitivement se concevoir sans un passage devant ces ruines pleines de symbole. Autre symbole avec le pont qui permit à beaucoup de personnes de quitter le quartier dévasté. Le pont Yokokawa, qui a été depuis remplacé car jugé trop dangereux, était en effet le seul chemin pour s’échapper de la zone et il est visible à la fin du film.

Tout autour du Palais grouillait avec les habitations d’environ 1300 foyers, divisées en 6 quartiers,  une activité commerçante importante. Et c’est précisément à cet endroit que Suzu vient vendre ses feuilles de nori. On la voit ainsi accoster sur les berges de ce qui était autrefois le quartier de Nakajima Honmachi et qui est aujourd’hui, en raison de sa proximité avec l’hypocentre, classé comme lieu de mémoire de guerre. Un autre bâtiment rescapé de cette zone, parce que construit en béton armé, est le “Rest House“. L’imposant édifice de trois étages était en 1933 une boutique de kimono appelée Taishoya et est aujourd’hui l’accueil du parc et un endroit pour se reposer. Pour dessiner ce bâtiment de face avec tous les autres commerces alentours, le travail du réalisateur de “Dans un Recoin de ce Monde” a été difficile car il n’existe aucune photo de l’époque. Et c’est grâce à son travail d’enquête et d’investigation que l’on a une image fidèle de ce à quoi pouvait ressembler le quartier lorsque la petite Suzu venait essayer de gagner quelques yens et lorgner sur les friandises des étalages. Un peu plus loin, on peut voir le grand magasin Fukuya que Suzu dessine et qui a aussi résisté à la bombe et qui fait toujours partie du cœur commerçant de la ville. Pour la Première du film à Hiroshima, une grande banderole avait d’ailleurs été posée sur sa façade.

Le Parc du Mémorial de la Paix

A l’extrémité du parc se trouve le Musée du Mémorial pour la Paix qui relate avec force ce jour terrible qui changea la face de l’Humanité. Outre la possibilité d’entendre des témoignages de survivants, on peut y voir exposées des affaires ayant appartenu aux victimes et ayant survécu à la bombe. Le musée est ouvert tous les jours de l’année (à l’exception des 30 et 31 décembre) de 8h30 à 19h en été (20h les 5 et 6 août), 18h au printemps et en automne, et 17h en hiver. Le prix d’accès est dérisoire : 200 yens pour les adultes et 100 yens pour les seniors et étudiants, gratuits pour les enfants. Devant le musée se trouve le cénotaphe du mémorial pour les victimes de la bombe qui fut construit dans l’axe du Dôme de Genbaku par l’architecte Kenzo Tange et qui dresse la liste des victimes. Enfin, parmi les autres monuments remarquables que sont les “Cloches de la Paix”, la “Flamme de la Paix” et les “Portes de la Paix”, on notera la présence au centre du parc du “Monument de la Paix des enfants” ou “Statue des enfants de la bombe atomique”.

La statue a été érigée en 1958 pour commémorer Sadako Sasaki et les milliers d’enfants victimes de la bombe. L’histoire de cette petite fille, qui n’avait que deux ans en 1945, et de la statue érigée en sa mémoire est émouvante. Alors qu’elle n’avait subi aucun dommage lorsque la bombe a explosé à deux kilomètres de là où elle se trouvait, elle a été atteinte d’une leucémie soudaine moins de dix ans plus tard. Suivant une légende qui racontait que la confection de 1000 grues (oiseau symbole de longévité au Japon) en origami permettrait d’exaucer un vœu. Sur son lit d’hôpital, elle a ainsi exécuté des grues en origami dans l’espoir de guérir mais elle est décédée en octobre 1955. Ses amis et sa classe, touchés par la disparition de Sadako, ont levé des fonds qui ont permis la construction du monument. La statue représente la petite fille tenant dans ses bras une grue en or, aujourd’hui symbole de paix. De nombreux enfants visitant le mémorial laissent un origami au pied de la statue ou même des chaînes de grues dans les armoires disposées autour.

 

Hiroshima, capitale de la préfecture de Hiroshima et plus grande ville de la région de Chugoku avec 1,196 millions d’habitants (août 1996), a bien plus que cela à offrir à ses visiteurs. On ne le voit qu’une fois au tout début de l’anime, au bout d’une lorgnette utilisée par Suzu, mais il est aussi une attraction touristique majeure de la ville. Le donjon du château de Hiroshima, également appelé “Rijo” (le château-carpe) à cause de sa peinture noire qui le fait ressembler à une carpe noire, se trouve à proximité du Parc du Mémorial de la Paix. Construit au XVIème siècle par le seigneur de la région, Mori Terumoto, il fut détruit par la bombe atomique et reconstruit à l’identique en 1958. Cinq niveaux composent le donjon, un splendide édifice qui propose en son sein un musée sur l’histoire et la culture de Hiroshima. Du sommet, il est possible d’apercevoir au loin l’île de Miyajima dont le sanctuaire Itsukushima est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Pour finir avec la visite de Hiroshima sur les traces de Suzu dans “Dans un Recoin de ce Monde”, les gourmand(e) seront ravi(e)s. L’okonomiyaki étant la spécialité culinaire de Hiroshima, il ne sera pas difficile de trouver un bon restaurant qui vous le proposera, spécialement autour de la gare avec des étages entièrement dédiés à l’un des meilleurs plats japonais.

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