LES MASQUES AU JAPON

Parmi les aspects de la vie quotidienne qui impressionnent le plus les touristes étrangers quand ils visitent le Japon, on trouve le masque chirurgical. Vous le voyez partout ici et, alors qu’il choque nos sensibilités d’Occidentaux car il couvre la partie la plus importante de notre identité et ne se voit normalement qu’en milieu médical, il s’est complètement démocratisé au Japon comme dans beaucoup de pays asiatiques. Aujourd’hui, il est socialement accepté et cela ne pose aucun problème de cacher une partie de son visage aux autres. 

Au point que le masque, qui reste un objet de fascination pour nous qui n’en mettons pratiquement jamais, est devenu pour les Japonais un ustensile tout-à-fait banal que toutes les couches de la population utilisent, même quand ils se déplacent à l’étranger, et qui fait aujourd'hui partie de la culture japonaise. Une étude récente a d’ailleurs montré que près de 30 % des gens le portent quasi quotidiennement, et plus à Tokyo qu’ailleurs. Ce qui pourrait paraître ridicule ou un signe de paranoïa pour nous est plutôt à analyser comme une marque de respect chez nos amis japonais qui y ont en plus apporté une touche pratique. Et loin du cliché lié à la pollution, nous allons vous montrer ici quelles sont les nombreuses utilisations possibles du masque.

LES FONCTIONS PREMIÈRES DU MASQUE JAPONAIS

Le souci de protection des compatriotes japonais

C’est la fonction première du masque. La pandémie de grippe de 1918 et la crise sanitaire provoquée par le tremblement de terre de 1923 ont répandu son utilisation. Aujourd’hui, dans une ville comme Tokyo où il y a dix fois plus d’habitants qu’à Paris, les virus et autres bactéries circulent beaucoup plus librement et les gens encourent plus de risques d’en attraper. Il est aussi de notoriété internationale que la politesse au Japon est une règle à suivre de très près. Ainsi, quand ils sont malades, beaucoup de Japonais continuent à aller au travail ou à l’école au lieu de rester tranquillement chez eux pour se soigner. Cela exige donc de leur part de tout faire pour qu’ils ne transmettent pas leur maladie à leurs collègues ou camarades par leur toux ou leurs éternuements. La gêne que peut procurer le port du masque chez certains est secondaire et c’est surtout en période hivernale, où rhumes et autres maladies se contractent plus facilement, que les masques se multiplient encore plus vite. Il est des métiers sensibles où le port du masque est presque obligatoire dans ce cas-là, comme les vendeurs, pour ne pas incommoder leurs clients, les professeurs, pour ne pas transmettre leur maladie à l’ensemble de leurs élèves, ou les restaurateurs, pour ne pas contaminer la nourriture.

La protection contre la maladie des autres

C’est psychique et plus ou moins conscient, les gens ont la volonté de se protéger au maximum des maladies. Les docteurs et les infirmières par exemple, même quand ils ne sont pas en bloc opératoire où le masque est normalement porté, en ont constamment un sur eux. C’est pour se protéger des germes et autres bactéries qui sont encore plus susceptibles de se balader tranquillement dans les milieux sensibles que sont l’hôpital ou le cabinet médical. A moins de toujours rester à la maison, les gens sont obligés de sortir et dans les grandes villes, spécialement aux heures de pointe où les transports publics sont bondés, de se confronter au contact des autres. Le masque permet ainsi de se prémunir contre les virus environnants. D’autant plus que l’utilisation du mouchoir, dans le but de se moucher, n'est courant au Japon parce que le bruit pourrait incommoder les autres. Le masque chirurgical permet donc à la personne d’éternuer et de renifler à souhait en attendant d’arriver chez elle.

La protection contre les allergies

Les Japonais accordent une grande importance aux allergies et ils sont assez fragiles à ce sujet puisque c’est près de 25 millions de personnes, soit environ 20 % de la population, qui seraient touchées chaque année. La plus importante s’appelle « kafunsho », connue chez nous sous le terme de « rhume des foins » (« hay fever » en anglais). Avec la période des Sakura, elle est très présente du printemps jusqu’à l’été à cause des forêts qui couvrent une grande partie du territoire et d’un pollen unique au Japon qui se dégage des cèdres et des cyprès, plantés de façon massive après la Deuxième Guerre mondiale. Et, pour des raisons mystérieuses, les citadins en souffrent plus que les campagnards, ce qui provoque à cette période de l’année une prolifération des masques dans les villes pour se protéger du pollen. Les symptômes sont très gênants, entre les éternuements à répétition, les yeux irrités en permanence, le nez qui pique et qui coule, les maux de tête, l’apparition de boutons d’allergie et la sensation de fatigue. Le masque utilisé pour se protéger contre cette allergie a été spécifiquement conçu pour bloquer les petites particules de pollen grâce à un matériau spécial.

LES FONCTIONS SECONDAIRES DU MASQUE AU JAPON

La protection contre la rigueur de l’hiver

Selon les régions nipponnes, l’hiver peut être très rude et, s’il existe des vêtements qui couvrent une bonne partie du visage, beaucoup de Japonais se servent également du masque pour se protéger contre les températures glaciales, et notamment contre les vents froids. Le masque permet de couvrir ses lèvres, évitant ainsi les douloureuses gerçures, et de ne pas respirer l’air sec. Il a alors un rôle de prévention en évitant d’attraper froid. 

La protection de la peau en été

Les masques ne sortent pas qu’en hiver pour se protéger du froid ou au printemps contre les allergies mais se portent également en été. La peau des Japonais peut être sensible aux expositions du soleil et il n’est pas rare non plus d’en voir avec des ombrelles ou des gants qui montent jusqu’aux coudes pour s’en prémunir. Le masque permet en plus d’éviter aux rayons UV d’entrer directement en contact avec la peau du visage. On a tous vu des photos de Michael Jackson, énormément apprécié au Japon, portant un masque qui devait le protéger du soleil contre ses problèmes de peau.

La protection contre la poussière

Pour une question d’hygiène, quand les Japonais font le ménage et le grand nettoyage chez eux, ils se protègent contre la poussière avec un masque. Et l’humidité au Japon étant très forte, elle est abondante dans les maisons. D’où la nécessité d’avoir un tel masque pour éviter d’inhaler des particules désagréables et d’avoir des difficultés de respiration. Les Japonais s’adonnant également au jardinage, il est quasiment certain de les voir porter un masque lorsqu’ils s’occupent de leur potager. Si vous gravissez le Mont Fuji, vous ne serez pas surpris non plus de voir des Japonais porter des masques à 3776 mètres d’altitude également.

La protection contre les mauvaises odeurs

On trouvera aussi des masques parfumés qui permettent de vivre à longueur de journée avec de bonnes odeurs qui arrivent directement à portée de narines. Ils peuvent également servir à se prémunir contre les mauvaises odeurs, par exemple lorsqu’on ne supporte pas les odeurs de tabac, de friture ou de pots d’échappement selon les endroits qu’on fréquente. Si vous faites la visite de Tokyo en kart par exemple, vous serez au niveau des pots d’échappement et le masque pourra alors être très utile. Ils permettent enfin de protéger les autres de ses propres mauvaises odeurs, une mauvaise haleine, une haleine de gros fumeur ou après un repas trop arrosé, épicé ou à base d’ail par exemple.

La protection contre la sécheresse

Il est parfois bon au Japon de porter un masque pour garder l’humidité nécessaire dans un environnement sec. Dans les bureaux notamment où il n’y a pas forcément de fenêtres ou des fenêtres que l’on ne peut pas ouvrir, l’air climatisé tourne à fond constamment, d’où les risques d’attraper froid. Dans les avions également où l’air est très sec, les Japonais gardent souvent le masque. Quand ils dorment, certains mettent un masque dans le même but, à moins que ce ne soit de peur d’avaler des araignées pendant leur sommeil... 

La protection contre la vieillesse

Les masques permettent tout simplement de protéger sa peau contre les mauvais traitements qu’elle subit de l’air environnant. Certains masques sont même spécialement conçus pour chouchouter la peau des Japonais et permettraient de rajeunir le visage en lui donnant plus de souplesse, de luminosité et de tonicité, grâce à des composants renfermés dans les tissus qui se diffusent tout le long de la journée. 

LES FONCTIONS DETOURNÉES DU MASQUE : LA DISSIMULATION

Le maquillage

Les Japonaises accordent beaucoup d’importance à leur image. Dès lors, beaucoup d’entre elles se servent du masque pour cacher leur visage non maquillé, soit parce qu’elles n’ont pas eu le temps de passer à la salle de bains avant, soit parce qu’elles veulent rester la journée comme ça, soit parce qu’elles vont se maquiller à un autre endroit (pour les mannequins ou les célébrités qui se rendent à une séance photos ou un tournage pour lequel elles vont subir une préparation féroce par exemple). Se maquiller dans les transports en commun est très mal perçu alors que garder un masque toute la journée est totalement accepté. Pour les hommes et de façon plus minime, s’ils ont oublié de se raser ou s’ils ne le veulent pas, le masque leur permettra de cacher barbe et moustache naissantes.

Le camouflage des imperfections

Personne n’échappe aux petits accidents qui peuvent surgir sur les peaux plus ou moins jeunes, autant chez les hommes que chez les femmes. Le masque apparaît alors comme la solution idéale pour cacher boutons de fièvre, d’allergie, d’herpès, d’acné, points noirs, poils incarnés, taches, rougeurs, bosses, cicatrices, pores, gerçures, crevasses, coupures, inflammations et toute indélicatesse le temps qu’il faudra pour qu’elle disparaisse.

La protection de l’identité

Cela peut toucher les personnes connues qui veulent rester anonymes lorsqu’elles vont faire leurs courses ou s’amuser au parc d’attractions, mais pas seulement. Si vous devez rencontrer une personne par exemple mais sans prendre le risque d’être reconnu, le masque permet de passer totalement incognito. Si en plus vous rajoutez lunettes et casquette, votre visage est entièrement couvert et il devient impossible de vous identifier. Nous vous conseillons toutefois de ne pas user de cet exemple pour des actes criminels ou illégaux.

La dissimulation des émotions

Les Japonais ne sont pas connus pour cacher leurs émotions et nombreux sont ceux à laisser couler des pleurs à certaines occasions. A la télévision par exemple, très peu sont ceux et celles à se cacher lorsqu’ils sont submergés par l’émotion. Les sportifs aussi pleurent parfois, que ce soit après une victoire ou une défaite. Cela dit, certains ne veulent pas se laisser aller ainsi et préfèrent cacher leurs émotions derrière un masque. Ce sera le cas notamment lors d’un enterrement. 

La phobie sociale

Enfin, c’est le phénomène connu des gens qui ont peur de l’autre et qui, s’ils prennent le risque de sortir pour se confronter à l’extérieur, préfèrent le faire de façon anonyme et en restant caché. Le masque est encore une fois un outil sur mesure pour aider ces personnes à affronter leurs phobies et vivre avec un peu moins de contraintes. Les personnes atteintes de malformations ou d’imperfections chroniques peuvent également se sentir mieux derrière un masque qu’à visage découvert.

LES FONCTIONS ANNEXES

La pollution

Historiquement, ce serait l'une des premières utilisations du masque. La pollution engendrée par l’industrialisation du pays au début du XXème a provoqué sa généralisation. Aujourd’hui Tokyo est l'une des villes les moins polluées d’Asie, elle la pollution y est également moins importante qu’à Paris. Le cliché du masque contre la pollution est donc totalement infondé, tout comme celui qui tendrait à dire que les gens veulent se protéger des radiations de Fukushima, suite à la catastrophe de mars 2011. Cependant, il peut y avoir des pics de pollution ou une pollution plus importante dans des endroits sensibles et il existe de nombreux types de masques pour s’en protéger. Les masques normaux étant trop fins, les masques anti-pollution sont spécialement conçus pour stopper les minuscules particules.

La sieste dans les transports publics

Vous ne le savez peut-être pas, mais dès que le Japonais a un moment de libre, il en profite pour taper un petit somme. Le rythme de travail est tellement soutenu, chez les étudiants également, que leurs nuits ne sont pas toujours complètes. Ainsi, dans les transports en commun, ceux qui arrivent à avoir une place assise en profitent pour rattraper leur retard. Et quand on dort, on ne maîtrise plus son corps et la bouche peut s’ouvrir. En-dehors des éventuels problèmes d’haleine qui ont été déjà vus, cela n ‘est pas très agréable à voir pour les usagers. Le Japonais ne met pas forcément la main devant la bouche quand il tousse, éternue ou baille et le masque lui permet d’éviter de le faire.

Pour ne pas être dérangé

Les filles dans nos sociétés occidentales mettront volontiers des écouteurs dans les oreilles pour ne pas être dérangées. Au Japon, le fait de porter un masque peut aussi vouloir dire, surtout pour les plus élégantes d’entre elles, qu’elles veulent rester tranquilles et ne souhaitent pas être abordées par un inconnu. Le masque chirurgical est blanc par nature mais on peut en trouver de différentes couleurs. Le noir aura cette fonction d’être encore plus intimidant et dissuasif, voire répulsif.

La mode

Aussi étrange que cela puisse paraître, le masque est devenu un objet de mode pour certaines personnes au Japon. Vous en trouverez de tous les coloris et aussi avec des dessins. Certains sont faits dans un esprit blagueur, avec des motifs différents, plus ou moins tape-à-l'œil. Il n’est pas rare non plus de voir des photos de mode dans les magazines dans lesquels les filles s’affichent avec de tels accessoires. Le quartier d’Harajuku, au top de tout ce qui touche à la fashion, est l’endroit idéal pour voir ou se procurer ces masques d’un autre style. Autre chose, porter un masque affine le visage et c’est ici un signe de beauté chez les filles. Certaines n’hésiteront donc pas à sortir avec pour ajouter à leur visage ce petit artifice qui les fera paraître plus kawaii aux yeux de certains.

Halloween

La fête que les Japonais adorent, surtout les jeunes, est célébrée tout le mois d’octobre et c’est l’occasion parfaite pour sortir les masques les plus loufoques. Partie d’un costume ou non, ils font la joie de ceux qui les portent et aussi de ceux qui les voient. Vampires, zombies, loups garous, personnages de cinéma et monstres en tout genre viendront animer votre visage d’une touche d’excentricité des plus originales, sans pour autant couvrir l’intégralité du visage. Si vous aimez aussi cette fête, vous ne serez jamais déçu par un voyage au Japon à ce moment.

 

Produit d’hygiène indispensable, il y a un très large choix de masques selon la taille du visage (il en existe même pour les bébés de 18 mois) et adaptés à vos besoins, selon que vous ayez ou non des lunettes, selon que vous ayez ou non un maquillage à préserver ou selon que vous préfériez avec ou sans filtre humidifié contre l’assèchement de la gorge. Les masques peuvent évidemment servir pour plusieurs de ses fonctions en même temps. Les prix sont différents aussi mais les masques de base ne sont vraiment pas chers et se trouvent très facilement dans les konbini ou les 100 Yen Shop. C’est un marché très porteur et les industriels rivalisent d’originalité pour proposer régulièrement aux clients de nouveaux modèles. La demande est énorme, à tel point que selon les périodes le Japon est obligé d’en importer. Ainsi, en 2014, ce sont pas moins de 4 milliards de masques qui ont été produits ou importés au Japon.  

En France, une étude avait été réalisée en 2006 par l’INPES (Institut de Prévention et d’Education à la Santé) sur le port du masque en cas de grippe et seuls 17 % des Français avaient été tout-à-fait d’accord pour s’y conformer. Et même si l’efficacité du masque n’est pas prouvée à 100 %, c’est une mesure simple qui relève de la responsabilité de chacun pour prévenir sa contamination et protéger les autres de sa maladie. C’est en tout cas un bel exemple de choc des cultures. Ce qui peut paraître loufoque et ridicule chez les uns est tout à fait accepté chez les autres. Pour illustrer ceci, nous finirons avec cette histoire incroyable survenue en mars 2017 en Angleterre où un groupe de touristes japonais avait été pris pour des terroristes par les habitants d’un village par le simple fait qu’ils portaient tous un masque.

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