OKINAWA : MANIFESTATIONS CONTRE UNE BASE AMÉRICAINE

Lundi 25 juin 2018 à Okinawa, dans la baie de Oura au large de la municipalité de Nago, des dizaines d’embarcations ont participé à une manifestation sur mer contre le projet de construction d’une piste aérienne aux abords du Camp Schwab, base du 4éme Régiment de Marine Américain. Cette manifestation s’inscrit dans une série de protestations contre la relocalisation de la base de Futenma sur ce site de Henoko.

FUTENMA, LA BASE AMÉRICAINE « LA PLUS DANGEREUSE DU MONDE »

Des constructions civiles aux abords de la base américaine

L’ancien Secrétaire à la Défense américain (2001-2006), Donald Rumsfeld, alors qu’il survolait la localité de Ginowan, mitoyenne de Naha le chef lieu de la préfecture, aurait eu ces mots en voyant au cœur de la ville la base de Futenma : « C’est la base la plus dangereuse du monde ».
À l’origine de ces propos, la proximité d’habitations et de lieux de vie comme des écoles, des bureaux ou des bâtiments publics littéralement collés à la base au détriment aussi bien des règles élémentaires de sécurité que celles édictées par la FAA, l’Agence Fédérale de l’Aviation ou bien les autorité militaires américaines elles-mêmes.

La directive OPNAVINST 11010.36C du Département de la Marine (la composante maritime du Ministère de la Défense américain) recommande en effet que les pistes des bases soient bordées et prolongées à leurs extrémités d’une “clear zone”. Les terrains ainsi désignés sont des espaces de forme trapézoïdale prolongeant les pistes. Ce sont des zones vierges, sans construction, car ce sont potentiellement celles où peuvent se produire des incidents aéronautiques (sorties de piste, chutes de pièces…). Or, à Futenma, les deux extrémités de la piste qui devraient faire office de “clear zone” sont bâties et occupées par des constructions civiles.

La nécessité de prévenir les accidents

Et les probables incidents aéronautiques tant craints se sont produits. Le plus célèbre d’entre eux étant le crash d’un hélicoptère CH 53 Sea Stallion le 13 août 2004. Un appareil américain s’est, ce jour, écrasé sur un bâtiment du campus de l’Université International d’Okinawa. Par miracle, aucun mort n’a été à déplorer, les seules victimes humaines de l’accident étant les trois membres d’équipage, simplement blessées. Mais de nombreux autres accidents se sont produits depuis. Parmi les plus spectaculaires, deux, à une semaine d’intervalle, à la fin de l’année 2017 ont marqué les esprits. Tout d’abord le 7 décembre, une pièce d’un rotor d’hélicoptère tombe sur le toit d’une garderie alors que 50 enfants jouaient dans la cour. Puis le 13 décembre, c’est un hublot du cockpit d’un autre CH 53 qui tombe sur le terrain de sport de l’école élémentaire numéro 2 de Futenma (Futenma Daini Shogakko).

Dans les deux cas aucune victime n’est à déplorer, mais ces deux bâtiments sont dans la fameuse “clear zone” que devrait posséder la base. Selon la télévision TBS, l’école Daini Shogakko aurait cette année, entre février et juin 2018, procédé à plus de 600 évacuations d’urgence du terrain de sport pour mettre les enfants dans des abris lors d’approches dangereuses d’aéronefs. Le 6 mars 2018, selon le Ryukyu Shimpo, en une journée le terrain de sport de l’école a été évacué à … 29 reprises. La fermeture de la base et sa relocalisation sont donc une nécessité reconnue de tous.

LA BATAILLE POUR LA RELOCALISATION DE FUTENMA

Un plan de déménagement datant des années 60

En réalité, la connaissance de la dangerosité de la base de Futenma et le sujet de sa relocalisation sont bien antérieurs aux propos de Donald Rumsfeld ou l’incident de 2004. En 2016, l’agence de presse japonaise Kyodo dévoilait un plan datant des années 60 (alors que Okinawa était encore sous occupation américaine) prévoyant le déménagement de la base vers la baie de Oura où auraient été construites deux pistes “off-shore” de 3,000 mètres permettant à des bombardiers nucléaires américains d’opérer. Le plan, politiquement trop sensible, n’a pas eu de suite jusqu’aux années 90. En effet, en 1996 le déménagement de Futenma vers Henoko, où se trouve le camp Schwab du corps de Marine américain, revient à la Une à l’occasion de la publication conjointe des gouvernements japonais et américains de la Defense Policy Review Initiative (DPRI).

Mais cette initiative intervient à un moment de forte opposition de la population d’Okinawa à la présence des bases américaines suite au viol d’une fille 12 ans par trois soldats américains du camp Hansen en septembre 1995. L’atmosphère n’est pas à la relocalisation mais au départ pur et simple des troupes étasuniennes. Le gouverneur de l’époque de Okinawa effectuant un referendum en septembre 1996 demandant la réduction de la présence militaire dans sa préfecture. En décembre 1997, un autre referendum, dans la municipalité de Nago, voit la population refuser la proposition de relocalisation de la base à Henoko.

Vers une nouvelle bataille judiciaire à Okinawa

La situation est gelée pendant une quinzaine d’années, d’autres solutions étant recherchées, mais la base de Futenma continue néanmoins d’être opérationnelle. La situation se crispe de nouveau en 2013, après le retour de Shinzo Abe au pouvoir et la volonté de son cabinet d’aménager le site. Après avoir trouvé un accord financier avec le gouverneur d’Okinawa, Hirokazu Nakaima, qui a retourné sa veste sur le sujet, Tokyo pense l’affaire conclue. Mais aux élections de décembre 2014, celui-ci est battu par une coalition opposée à la construction de pistes à Henoko, et le nouveau gouverneur élu, Takeshi Onaga, se montre un adversaire redoutable, notamment sur le terrain judiciaire attaquant directement l’État japonais.

Au grand regret des opposants, en mars 2018, la Cour de Justice de Naha (capitale d’Okinawa) a rejeté sa plainte et le gouvernement japonais a pu entamer les travaux de terrassement en avril, entraînant une série de manifestations à Okinawa. La lutte entre Okinawa et le gouvernement central a pris une tournure plus dramatique avec l’annonce par le gouverneur qu’il souffrait d’un cancer du pancréas oblitérant ses chances d’être candidat aux élections de novembre. Il a néanmoins annoncé qu’il continuait la lutte et allait annuler l’autorisation de construction signée par son prédécesseur, laissant entrevoir une nouvelle bataille judiciaire.

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